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Sommet sur l’enseignement supérieur - Les sujets négligés

TitreSommet sur l’enseignement supérieur - Les sujets négligés
Publication TypeNewspaper Article
Year of Publication2013
AuthorsChouinard, M-A.
NewspaperLe Devoir
Issue Date23 février 2013
CityMontréal
Abstract

Un an après le commencement d’une protestation étudiante inédite au Québec, le gouvernement Marois accueillera la semaine prochaine au Sommet sur l’enseignement supérieur les acteurs de ce bouleversement devenu crise sociale. Officiellement, ils seront réunis pour forger une vision commune de l’enseignement supérieur. Officieusement, ils négocieront la « juste part » des étudiants, laissant dans l’ombre des enjeux capitaux sous-jacents à l’éclatement.

URLhttp://www.ledevoir.com/societe/education/371721/les-sujets-negliges
Full Text

C’était le 14 avril dernier. Au plus fort du chaos étudiant causé par une irrecevable hausse des droits de scolarité, un collectif d’auteurs signait un « appel au dialogue » dans les pages du Devoir. Prônant la discussion plutôt que l’affrontement, les signataires, parmi lesquels une certaine Pauline Marois, proposaient « la tenue d’un vrai sommet sur les finalités et le financement de l’enseignement supérieur, qui se fera dans un esprit de collaboration et d’ouverture ».

Dix mois plus tard, cette signataire, alors chef de l’opposition, dirige les destinées d’un Québec qui tiendra lundi et mardi prochains ce fameux sommet de la discussion et de l’ouverture. Mais le format de l’événement, sa durée, les divisions opposant toujours les groupes en présence ne prédisposent pas totalement à un échange destiné à confirmer l’importance de l’enseignement supérieur au Québec. Tout indique que le sempiternel tire-pousse autour des droits de scolarité se jouera à nouveau, laissant dans l’ombre des questions de vive importance. Liste des sujets négligés potentiels.

1. Les différents modèles universitaires

C’est un secret de Polichinelle : les recteurs ont du mal à atteindre des consensus. Porte-parole d’univers très distincts les uns des autres, ils se sont opposés sur la question d’un réseau à deux vitesses, avec d’un côté les grandes universités de recherche auxquelles seraient versées des sommes supérieures et de l’autre les constituantes régionales, soudainement traitées comme des universités de second rang.

« Nous en sommes arrivés à voir différents modèles d’université comme des modèles qui s’opposent, incapables de s’harmoniser », constate Claude Lessard, président du Conseil supérieur de l’éducation, qui tient à préciser en entretien avec Le Devoir qu’il ne cause pas avec nous des « sujets oubliés » par le Sommet, mais plutôt de « pistes de réflexion à poursuivre après le Sommet ». « À côté du modèle traditionnel du savoir pour le savoir cohabite un modèle plutôt centré sur la pertinence, un modèle utilitaire, centré sur l’économie mais aussi sur les institutions culturelles, communautaires et sociales. Dans ma tête à moi, ce n’est pas l’un ou l’autre, mais c’est plutôt comment gérer la cohabitation des deux. On ne veut ni l’université tour d’ivoire, ni non plus celle qui serait assujettie aux impératifs financiers. Mais que veut-on au juste ? Il faut parler de cela, et on n’en parle pas. Ne pas en parler entraîne deux dérives potentielles : la dérive marchande, qui suppose que les universités sont poussées par des besoins socioéconomiques et deviennent entrepreneuriales, et la dérive académique, qui met un accent très fort sur la recherche au détriment de l’enseignement. »

2. Les dépenses fiscales en éducation postsecondaire

Dans son cahier de propositions soumis à la réflexion en vue du Sommet, Québec ouvre la porte à « la possibilité de transformer le crédit d’impôt pour études afin qu’il soit plus accessible aux étudiants et à leurs familles qui ont des revenus trop faibles pour en profiter actuellement ». Cette idée rejoint l’une des marottes de Pier-André Bouchard St-Amant, doctorant en économie à la Queen’s University et président de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) au moment de la grève de 2005. « Québec et Ottawa dépensent plus de 700 millions en crédits d’impôt pour les droits de scolarité, en déductions fiscales pour le régime enregistré d’épargne retraite et d’autres mesures de la sorte. Juste avec les subventions à l’épargne, on donne 10 800 $ par futur étudiant… On subventionne des gens qui peuvent épargner et qui paient de l’impôt. Pourquoi ne souffle-t-on pas mot de l’inefficacité et du caractère inéquitable de ces mesures ? »

3. L’inflation des notes

Sujet tabou s’il en est, l’inflation des notes serait-elle le symptôme d’un modèle qui s’essouffle ? « En 1988, 26 % des étudiants en médecine de l’Université Laval avaient une moyenne de A. En 2001, ils étaient 67 % », constate Pier-André Bouchard St-Amant. « Étudiants plus brillants qu’avant ? Effet du contingentement ? Ou distribution de A plus généreuse qu’auparavant ? Quelle valeur réelle ont nos diplômes ? De ça, on ne parle pas. »

Pour Claude Lessard, ce sujet doit être examiné, si délicat soit-il. « Dans un contexte de forte concurrence et de ressources insuffisantes, c’est sûr qu’il y a des risques, et celui de l’inflation des notes en est un. »

4. Les nouvelles populations étudiantes

« Une des premières choses que l’on devrait faire rapidement après le Sommet serait un portrait riche et exhaustif du chemin parcouru par les universités et les cégeps, en s’attardant par exemple aux populations étudiantes, souligne Claude Lessard. On a affaire maintenant à des adultes qui sont parents, qui travaillent, et nous sommes loin du stéréotype largement diffusé pendant le printemps étudiant du jeune de 19 à 24 ans qui va à l’université. Cela a des conséquences importantes sur l’offre, et il faut mieux documenter cela. »

5. La croissance prévue des effectifs

Appelé à participer à la rencontre thématique portant sur la gouvernance, le directeur général de l’Institut sur la gouvernance des organisations publiques et privées (IGOPP), Michel Nadeau, a été surpris de voir qu’on ne soufflait mot des prévisions démographiques du gouvernement même, selon lesquelles les universités vivront bientôt une décroissance.

« A-t-on soulevé les pierres de tous les enjeux ? écrivait-il dans une lettre ouverte au Devoir publiée début février. Qui a amené la question de la croissance future de la population universitaire jusqu’en 2023 ? Comment a-t-on abordé la stagnation, voire le déclin de la population des collèges et son impact sur la population universitaire future ? »

6. Les cégeps

Ils seront présents, représentés par leurs fédérations de dirigeants, de professeurs et d’étudiants, mais où sont véritablement les cégeps dans cette grand-messe destinée en théorie à la grande famille de l’enseignement supérieur, mais en pratique dirigée presque exclusivement vers les universités ?

7. La politique de financement des universités

Québec le reconnaît dans son document : la politique de financement des universités, dans sa forme actuelle, nourrit la concurrence entre les établissements. Mais osera-t-on vraiment la réformer jusque dans ses vices cachés ?

« Cette politique entraîne plusieurs effets pervers, note Pier-André Bouchard St-Amant. La course aux clientèles, la création de campus satellites, mais aussi ce qu’on appelle l’effet entonnoir : augmenter le nombre d’étudiants à l’entrée tout en sachant fort bien qu’on en fera échouer plusieurs à la 2e ou à la 3e année du bac. Pourquoi ne pas plutôt contingenter ? »

8. Les effets néfastes de la crise étudiante

Michel Belley a été recteur de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) pendant dix ans. Les étudiants de première génération comptent pour une portion importante des étudiants du réseau de l’UQ et le discours de la dernière année, où il fut répété que toute hausse des droits allait réduire l’accessibilité, pourrait avoir sérieusement nui aux chances de plusieurs de tenter l’aventure de l’université.

« Pendant un an, on a répété que les plus pauvres ne pourraient pas aller à l’université, dit Michel Belley. Pour des candidats fragiles comme les étudiants de première génération, ce discours peut faire des ravages. J’espère qu’on va corriger cette fausse perception et qu’on va pacifier le débat. La pire chose serait qu’on trouve des solutions à des problèmes inventés. »