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Kyoto, un vaste complot socialiste?

TitreKyoto, un vaste complot socialiste?
Publication TypeNewspaper Article
Year of Publication2006
AuthorsBouchard St-Amant, P-A.
NewspaperLe Devoir
Issue Date10 juin 2006
Abstract

À écouter le gouvernement fédéral justifier son comportement en ce qui a trait au protocole de Kyoto, on ne peut s'empêcher de trouver dans son discours (diffus) que des arguments insipides.

URLhttp://www.ledevoir.com/non-classe/111290/environnement-kyoto-un-vaste-complot-socialiste
Full Text

À écouter le gouvernement fédéral justifier son comportement en ce qui a trait au protocole de Kyoto, on ne peut s'empêcher de trouver dans son discours (diffus) que des arguments insipides.

Le plus flagrant est la démonstration selon laquelle les mesures volontaires de Kyoto sont inefficaces. Citons l'exemple du «populaire» défi d'une tonne. En soi, je ne doute pas que cet élément puisse être inefficace à grande échelle. C'est comme demander poliment aux fumeurs de cesser de fumer dans les bars...

Mais Kyoto n'est pas qu'une série de mesures volontaires, et ce qui est porteur de résultats, c'est la bourse de carbone. À jouer publiquement la carte des mesures individuelles, on est porté à croire que le gouvernement cherche à faire oublier les mesures plus coercitives pour les industries polluantes.

Une bourse efficace

Rappelons que la bourse de carbone visait essentiellement à obliger les industries polluantes à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre sous un certain seuil. Par quel moyen? Celui qui coûte le moins cher!

En résumé, une entreprise polluante peut choisir entre réduire ses propres émissions ou acheter des crédits de réduction de carbone d'une autre entreprise non réglementée. Elle peut ainsi transiger sur la bourse de carbone des réductions au prix le plus bas possible. Qu'importe si les réductions des émissions de gaz à effet de serre ne proviennent pas directement d'une usine polluante: le fait d'en acheter d'une usine qui réduit de manière permanente ses émissions abaisse le niveau global de pollution au Canada.

Autrement dit, le mécanisme n'a de coercitif que le résultat et non le moyen.

Tout porte à croire qu'une bourse environnementale est efficace. Un tel marché d'échange avait été mis en place aux États-Unis pour réduire les émissions de pluies acides. Plus précisément, l'objectif consistait à réduire de 12 millions de tonnes les polluants dans l'atmosphère par rapport aux émissions projetées. Résultat: une réduction de 12,3 tonnes des émissions. Malgré quatre années de retard pour atteindre cet objectif, le résultat est exemplaire.

Du côté européen, on voit également les résultats. En 2005, 395 millions de tonnes ont été achetées sur le marché, pour une valeur de 13,2 millions de dollars. C'est au minimum 395 millions de tonnes de moins dans l'atmosphère. En une année, c'est supérieur à l'objectif canadien!

Le Canada est prêt

Se demander si le Canada est prêt revient à se demander si le marché l'est. Signalons que la Bourse de Montréal est prête à transiger les crédits de carbone. Il y a donc un acteur d'expérience pour organiser le marché. On voit également apparaître des firmes comme CO2 Solution, qui se spécialisaient dans la détermination de réductions potentielles. Dans le secteur agricole, on voyait même des «agrégateurs» de carbone chercher à revendre les absorptions possibles par les champs.

Et c'est sans compter les technologies «vertes» qui pourraient agir comme substituts. À titre d'exemple, les revenus de crédits de Kyoto d'une usine de production de biodiesel permettraient de couvrir les dépenses en capital de l'usine en deux ans, sans même compter les revenus du biodiesel! Il va sans dire que cela a un impact sur les décisions des investisseurs.

Du côté des pollueurs, leur demander s'ils sont prêts à acheter des crédits de carbone revient à demander au condamné s'il est prêt à aller sur la chaise électrique: il est prêt, mais il a toujours une dernière requête...

En fait, la principale chose qui manque pour lancer la bourse de carbone canadienne est le signal «législatif» gouvernemental déterminant la liste des pollueurs et leurs niveaux de réductions. Le lobby mené auprès du gouvernement fédéral semble réussir puisque cette liste, si elle existe, ne sera jamais publiée.

À l'heure actuelle, la demande pour le pétrole rend la production albertaine très attrayante pour les marchés mondiaux et cause de l'inflation dans l'Ouest, ce qui entraîne la hausse des taux d'intérêt. Pour la même raison, le taux de change est affecté à la hausse par une telle demande. Mais cette suractivité économique ne profite pas à l'Est, où les secteurs d'exportation subissent le contrecoup du taux de change. Conséquences: mises à pied probables, réductions de salaire ou les deux à la fois.

Kyoto obligerait certainement les producteurs de pétrole à réduire leurs émissions parce qu'elles sont responsables de 70 % des gaz à effet de serre. Ainsi, il y aurait une hausse de la demande pour les crédits de carbone. Et c'est le Québec et l'Ontario qui pourraient en fournir davantage en la matière.

Par exemple, il y a 3000 MW d'éolien en cours de construction au Québec, ce qui a une valeur importante en matière de crédits de carbone à vendre. Dans l'appel d'offres éolien d'Hydro-Québec, cette société d'État s'assure justement d'être le propriétaire de ces crédits. Ce serait donc le gouvernement du Québec qui profiterait de cette vente. Cet exemple illustre le fait que le marché du carbone permet au gouvernement du Québec de profiter d'une forme verte de péréquation sur le pétrole!

Alors, pourquoi le gouvernement fédéral est-il contre? Base électorale et engagements d'abord. Convictions idéologiques de certains députés ensuite. À cet effet, rappelons les propos de Bob Mills, ancien critique des conservateurs en matière d'environnement, qui affirmait que «Kyoto est un vaste complot socialiste». En somme, les arguments d'inefficacité ne pointent pas du côté du marché ou de l'environnement. Ils semblent plutôt nous orienter du côté politique.